Les Enfants Avant Tout

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Une visite ministérielle pour s'assurer
du bien-être des enfants adoptés en Éthiopie
Depuis vendredi, Mme Semegme Wube, ministre de la Justice en Éthiopie, et le
Dr Bulti Gutema, directeur du département de l'Enfance et de la famille au
MOLSA (ministère du Travail et des Affaires Sociales) sont en France pour
contrôler les Organisations agréées pour l'adoption (OAA) et assurer le
suivi des enfants d'origine éthiopienne dans leurs familles. Un autre regard
sur l'adoption : celui du pays d'origine.



Dans la démarche d'adoption, quel est précisément votre rôle? Dr Gutema: « Je suis le directeur du département de l'Enfance et des Affaires familiales au MOLSA (Ministry of Labour and Social affairs) et responsable de tout ce qui touche à l'enfance. L'adoption en fait partie. Le MOLSA a pour mission le suivi de l'éducation des enfants. Concernant l'adoption, nous travaillons avec plusieurs organisations non gouvernementales. Chacune a un rôle défini. Une autre mission du MOLSA est de vérifier si les procédures d'adoption se font dans les règles. Dans une démarche d'adoption, la décision finale appartient au tribunal mais notre avis est déterminant. Le MOLSA gère aussi le suivi de chaque famille et s'assure du bien-être des enfants adoptés ».


Un représentant du MOLSA vient chaque année en France contrôler les OAA et rencontrer des familles adoptives. Quelles sont vos recommandations? Dr Gutema: « Les associations ont un agrément délivré par les autorités éthiopiennes. Nous vérifions donc que leur fonctionnement est en adéquation avec cet agrément. Les recommandations dépendent de la façon de gérer de l'association. Tout doit être parfaitement sur les rails. Par exemple, on vérifie les rapports de suivi des familles. On observe comment les responsables s'organisent. Si on note des dysfonctionnements, on peut donner des conseils et ouvrir la discussion. Bien sûr, nous n'intervenons pas directement dans le fonctionnement des OAA. Elles gardent leur indépendance ».


Par votre présence en France, vous démontrez tout l'intérêt que vous portez à l'avenir des enfants. Que voudriez-vous leur dire? MmeWube: « En général, on a pu s'apercevoir qu'ils sont heureux. Leurs parents adoptifs leur donnent beaucoup d'amour et d'affection. Ils sont en bonne santé. Nous savons aussi que beaucoup d'enfants ont survécu avec difficultés. Quand nous les retrouvons dans une famille, c'est quelque chose qui nous touche et nous impressionne beaucoup ». Dr Gutema: « Oui c'est très agréable de voir qu'ils vont bien. Toutes ces familles disent à leurs enfants qu'ils sont d'origine éthiopienne. C'est important qu'ils n'oublient pas d'où ils viennent. Parce que quand ils seront plus grands, ils peuvent connaître une crise identitaire et avoir besoin de leurs racines. C'est important de leur parler de leurs origines ».


Quelle est la situation aujourd'hui en Éthiopie? Qu'est-ce qui fait que, pour beaucoup d'enfants, il n'y ait pas d'autres solutions que l'adoption? Dr Gutema: « Les raisons sont diverses. La pauvreté en est une. Certains de ces enfants sont nés de mères célibataires. Elles les abandonnent dans les hôpitaux et s'enfuient. En Éthiopie, c'est difficile pour une femme seule de nourrir son enfant. L'abandon peut aussi être dû à la maladie. Un parent qui décède et l'autre qui ne peut pas assumer. Les femmes dépendent financièrement de leur mari. Quand elles divorcent, elles connaissent de grandes difficultés, encore plus avec un enfant ».


Que peut faire le gouvernement éthiopien pour soutenir ces mères en détresse? Quelles actions ont été entreprises? Dr Gutema: « Des programmes ont été mis en place pour aider les familles avec des organisations gouvernementales et non gouvernementales. Le problème est très vaste. Ils ne peuvent pas recouvrir les besoins de toutes les familles. Des programmes pour assister les enfants, pour les accompagner dans un cursus scolaire existent également. Nous essayons à tous les niveaux de l'État de prendre en compte la place de la femme dans la société car elle représente la moitié de la population totale. Et ce sont les femmes qui élèvent les enfants. L'adoption est le dernier recours ».
MmeWuve: « Le gouvernement se concentre plus sur les manières d'éradiquer la pauvreté. Si on parvient à la faire diminuer, les enfants abandonnés seront aussi moins nombreux. Tout est lié. Un vaste programme de scolarisation a aussi été mis en place. Mais un problème plus vaste encore touche l'Éthiopie et toute l'Afrique : le Sida. Nous nous sentons très concernés par ce problème. Nos services concentrent leurs efforts sur ce fléau et sur la condition des femmes. Si ces deux principaux problèmes pouvaient être gérer, beaucoup d'autres qui en découlent pourraient être évités ».


Propos recueillis par ISABELLE DEVOOS
idevoos@leprogres.fr
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