Les Enfants Avant Tout

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A Mme la Présidente des «  Enfants Avant Tout »
à toute l’équipe d’adoption et action,
aux parents adoptifs que je respecte
et chers enfants.
Je suis venue d’Inde. L’Inde est une terre où les femmes sont traitées comme des déesses. Elles ont gagné ce respect à cause des sacrifices suprêmes qu’elles font pour leurs enfants et leurs familles. Vous devez avoir lu récemment les journaux au sujet d’une femme indienne qui avait deux enfants. Les deux étaient aveugles. Cette pauvre, mais grande dame, donna un œil à son fils aîné, puis l’autre œil à son plus jeune fils. Elle devint elle-même aveugle, ainsi ses enfants pouvaient voir. Quel grand sacrifice !
Des sacrifices similaires et des douleurs ont été un art régulier de ma vie également. J’avais intentionnellement choisi ce chemin difficile pour moi-même parce que je voulais être une Mère. La Mère des orphelins de mère. Mettant de côté le confort d’une riche maison, la douceur d’une famille attentionnée et l’affection de mes enfants biologiques, je me suis dirigée vers un orphelinat. Ainsi je pouvais essuyer les larmes des yeux des enfants abandonnés et remplir leurs yeux de rêves d’un lendemain heureux.
La plupart de mes enfants ont atteint leurs lendemains, comme je peux le voir ici sur vos visages, tous vos yeux pétillent de rêves heureux. Cette vue me donne une suprême satisfaction. Le sourire d’un enfant est la plus grande récompense pour une mère.
Cependant aucune récompense ne vient sans douleur. J’ai souffert mon propre quota de douleurs et de difficultés. La plus grande douleur de ma vie fut la soudaine rupture des relations avec tous mes chers enfants.
Par le passé, j’avais l’habitude de venir vous voir tous les ans. Mais à cause de quelques évènements imprévus, je n’ai pu venir ici depuis 1999. Ce fut en vérité un long intervalle de séparation avec ceux qui me sont proches et chers. A la grâce de Dieu, je suis ici de nouveau. Les mots ne peuvent décrire combien je suis heureuse aujourd’hui.
Le mérite de ma venue ici va à ma chère amie Geneviève Vial. Elle m’a demandé par téléphone, si je souhaitais participer à la réunion de l’association. Je n’ai pas perdu de temps pour dire oui, parce que j’ai été en relation avec l’association depuis 1980. En fait, j’étais également responsable avec M et Mme Morin de la fondation de cette bonne organisation. Je suis un membre fondateur de cette association. Les enfants que j’ai placés ici aux premiers jours, ont maintenant grandi. Beaucoup d’entre eux m’écrivent encore des lettres, ou m’envoient des cartes de vœux.
Depuis que j’étais associée avec l’orphelinat Shri Shradanand de Nagpur, j’ai eu la chance de recevoir une aide substantielle de votre généreuse association pour mon orphelinat. Ceci nous a beaucoup aidé……/ Votre association nous a fourni toujours beaucoup de choses pour améliorer la vie de l’orphelinat. L’argent est une réponse à beaucoup de problèmes. ..D’autres nations aussi nous ont aidés. Des enfants ont été donnés en adoption à des parents indiens ou étrangers.
Entre avril 81 et 86, au total 75 enfants ont été donnés pour adoption par l’intermédiaire de M. Morin. Après 1986, 174 enfants furent adoptés par l’intermédiaire de Mme Jeannette Blais.. La dernière à venir ici a été adoptée en septembre 2001. 250 enfants ont été adoptés, à travers Les enfants avant tout.
Tout allait correctement à l’orphelinat tant que M. Lamba était président. Après sa malheureuse disparition, un nouveau président a pris la direction. Il n’avait pas la vision nécessaire pour mener une telle institution. Il n’aimait pas l’idée de donner des enfants indiens pour une adoption à l’étranger. Lui et son équipe commencèrent à refuser la présence d’infirmières françaises à l’orphelinat. Mme Buty devint très rude avec elles.
A ce moment là , j’ai malheureusement eu quelques soucis concernant mes poumons. La respiration était difficile et je devais me reposer fréquemment. Les gens qui étaient jaloux de moi utilisèrent au mieux cette opportunité, et commencèrent à faire des plans contre moi. Quand j’ai compris cette sinistre conspiration j’ai demandé à Mme Jeannette Blais et à M. Gérard Blais d’arrêter d’envoyer de l’aide à l’orphelinat, jusqu’à d’autres informations. J’ai fait cela parce que j’avais peur que l’aide bien intentionnée de votre association tombe dans de mauvaises mains. A cause de cela, le nouveau comité de direction a commencé à avoir soucis d’argent . Il ne savait pas comment obtenir de nouveaux fonds.
Dans ma vie, je n’ai pas donné beaucoup d’importance à l’argent. Le soin aux pensionnaires était ma principale préoccupation. Beaucoup d’entre vous ont visité mon humble maison à l’orphelinat. Vous avez vu mon modeste style de vie. Depuis 40 ans, j’ai vécu dans l’environnement des enfants sans ressources. Je me suis occupée de tous leurs besoins. Il n’y avait pas d’heures fixes de travail pour moi. J’étais toujours prête pour toutes les responsabilités. Les infirmières qui ont vécu là avec moi, sont les témoins de ma dévotion au travail constamment.
Je viens d’une riche famille. Je n’ai jamais eu besoin de gagner de l’argent. Etant l’enfant unique de mes parents, j’étais la seule héritière de leurs biens. J’ai perdu ma mère lorsque j’avais juste 6 mois. Ma tante a pris soin de moi. Je sais ce que l’amour d’une mère signifie pour un enfant. Par conséquent, j’ai décidé d’élargir d’une mère à tous ces enfants orphelins. Dieu m’a donné l’opportunité de servir ces pauvres âmes pendant 40 ans.
L’aide commençait à venir de beaucoup de pays. En particulier l’aide de la France servit de sauvegarde à Shraddanand Anathalaya.
La situation financière de l’orphelinat devint stable à mon époque. La vieille construction faite en 1927 devint plus délabrée malgré des réparations répétées. Par conséquent un nouvel immeuble de 2 étages fut construit pour loger 240 enfants. Matru Mandir, le dortoir des nourrissons, fut aussi équipé de toutes les commodités. L’aide indienne commença à venir.
Bien que je donne le crédit pour tout ceci au Dieu tout puissant et aux nobles gens comme vous, le public indien commença à me remercier pour tout le travail exécuté. Même le titre honoraire de « mère » me fut octroyé par l’état du Maharashtra. Tout ceci causa l’envie dans l’esprit de mes adversaires. Le président et Mme Buty firent une résolution pour me rejeter. Des accusations d’irrégularités financières furent portées contre moi. Des plaintes contre moi, furent déposées auprès du gouvernement.
La presse fut utilisée contre moi, pour me traîner dans la boue. Des ordres furent donnés pour m’empêcher d’entrer dans l’institution, que j’avais toujours considérée comme ma maison. Je me suis sentie comme jetée à la rue. Je n’étais pas bien, physiquement. Mes effets personnels furent saisis. Quand ils me furent rendus 2 ans après, ils étaient abîmés, irréparables, à cause de l’exposition à la pluie, au soleil et à la poussière.
Ce n’était pas la fin. Le pire était encore à venir, avec une enquête gouvernementale, menée contre moi. Ceci me causa beaucoup d’anxiété. Mais j’avais confiance en mon travail. Après de longs mois d’inquiétude les enquêteurs officiels arrivèrent à la conclusion que je n’avais rien fait de répréhensible . J’avais conservé un rapport personnel de toutes les transactions effectuées et de l’argent investi pour des raisons légales. Je suis heureuse de vous informer que j’ai été lavée de toutes ces accusations.
Les incidents de ces 3 dernières années m’ont épuisée mentalement. La raison en est que j’ai été enlevée à mes enfants dont la vue me donne des forces. Les enfants sont mon oxygène. Les enfants sont ma vitamine. Comment puis-je vivre sans eux. L’espoir m’a quittée. La mémoire m’a abandonnée. J’ai été mise sous médicaments. Mais ils m’ont juste gardée vivante.
Vivante, sans vie.
Alors un miracle est arrivé. L’année dernière, je suis venue à Paris. J’ai été invitée pour la réunion de l’association de Paris. Au moment au j’étais au milieu de mes enfants, la mémoire m’est revenue. Je commençais à reconnaître les figures familières. Je commençais à les appeler par leur nom. J’avais de nouveau envie de vivre. Et aujourd’hui, je suis ici devant vous. Pleine d’espoir, pleine de confiance, malgré mes 75 ans. Je suis vraiment heureuse.
Aujourd’hui, quand j’observe les enfants indiens parmi vous, je me sens très heureuse. Cela me donne une immense satisfaction de noter que tous ces enfants ont acquis des valeurs positives, une bonne éducation, et une reconnaissance sociale. Ils ont trouvé une voie d’accomplissement, de paix et d’amour avec leurs parents adoptifs . Beaucoup d’enfants mènent une vie indépendante après avoir grandi. Quelques uns d’entre eux ont même été bénis en ayant leur propre enfant. Tout cela est très satisfaisant.
Chers enfants, je ne peux vous dire combien je vous suis reconnaissante. Vous m’avez donné un nouveau bail de vie. Je remercie spécialement Mme Vial, qui a organisé cette rencontre.
Si n’importe lequel d’entre vous souhaite visiter l’Inde, faites le moi savoir s’il vous plait. Je vous accueillerai à cœur ouvert. S’il vous plait conservez toujours  votre amour pour moi. Que Dieu vous bénisse tous
Merci
Shamala Abroal
Discours prononcé lors du "meeting Shamala" le 17 avril 2005, paru dans le journal n°45 de novembre 2005 de l'association "Les enfants avant tout"
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